Depuis plus de quarante ans, le spectacle historique du château de Saint-Fargeau réunit des bénévoles passionnés qui, saison après saison, donnent vie à une véritable aventure humaine, artistique et collective. À travers les témoignages d’Amélie et Christophe, deux figures investies de longue date sur le plateau comme dans la vie du château, se dévoilent des souvenirs marquants, des moments de partage intenses, mais aussi l’évolution d’un spectacle qui n’a cessé de grandir, de se réinventer et d’émouvoir. Entre premières scènes, responsabilité d’équipe, fierté de transmettre et regard sur l’avenir, ils partagent avec sincérité leur attachement profond à cette grande fresque vivante.
Plongeons ensemble dans ce nouveau Portrait Croisé à la rencontre de ces bénévoles passionnés qui contribuent, année après année, à faire battre le cœur du spectacle.

Comment avez-vous commencé à jouer dans le spectacle historique du château de Saint-Fargeau ? Quels sont vos premiers souvenirs liés à cette expérience ?
Amélie : J’ai commencé le spectacle très tôt, puisque je suivais déjà ma maman dans les greniers quand j’avais seulement quelques mois. Comme je suis née au mois de mai, j’ai très vite été plongée dans cet univers et j’ai véritablement commencé à jouer quand j’avais un an. Cette année, j’ai donc réalisé ma 40ᵉ année de spectacle.
Mes premiers souvenirs remontent à la scène des écorcheurs, lorsque j’interprétais une enfant orpheline aux côtés d’une veuve. Je m’en souviens très bien, car lorsqu’on se retrouve seul sur le plateau, face au public, c’est extrêmement impressionnant.
Christophe : J’ai commencé à jouer parce que je connaissais le spectacle depuis l’époque où il y avait plusieurs spectacles qui tournaient tous les ans. J’avais vu les différentes versions. J’étais invité par des amis qui jouaient déjà dans le spectacle, Patrick et Jean-Luc, chefs de l’équipe 9.
Le temps a passé et un jour, ils nous ont proposé « de mettre le pied à l’étrier ». Nous avons ré-observé le spectacle une fin de saison pour pouvoir jouer le lendemain, avec l’objectif de participer pleinement la saison suivante. Depuis, nous jouons quasiment tous les spectacles.
Mes premiers souvenirs, c’est un sentiment partagé : beaucoup d’excitation à participer à ce grand spectacle impressionnant par la dimension du plateau, le nombre d’acteurs, le rythme… mais aussi un stress réel de rentrer dans ce rouage. Même si nous sommes épaulés par les chefs d’équipe et les acteurs, on a envie d’assurer. Le temps y est très particulier : une fois lancé, on a l’impression que le spectacle dure une demi-heure tant tout s’enchaîne.
Quels sont les moments les plus mémorables ou significatifs que vous avez vécus en rapport avec le château et le spectacle historique ?
Amélie : Les moments les plus marquants sont d’abord les fous rires, sur scène comme en coulisses. Les musiques jouent également un rôle important, certaines marquent profondément, comme Carmina Burana durant la scène de la guerre de Cent Ans.
Mais les souvenirs les plus significatifs restent les premières fois où j’ai emmené mes filles sur le plateau pour jouer avec moi. Aujourd’hui, elles sont aussi mordues que moi, ce qui rend cette expérience encore plus forte.
Christophe : Un moment très mémorable a été, après quelques saisons, lorsqu’on m’a demandé de reprendre des rôles d’un acteur qui arrêtait. On me l’a annoncé quasiment le jour même. Raphaëlle m’a montré mes placements dans l’après-midi et le soir, je devais assurer le rôle du marin, puis enchaîner avec celui du curé.
Je me souviens du parcours : partir de la voiture, jouer le marin, aller me changer sous la régie, puis repartir au vieux chêne pour réapparaître en curé. C’est un rôle que j’affectionne particulièrement.
Comment l’expérience du spectacle a-t-elle influencé votre vie personnelle ou professionnelle ?
Amélie : Quand on commence le spectacle très jeune, cela a forcément un impact. À l’école, par exemple, on acquiert des notions d’Histoire grâce au scénario du spectacle. Les musiques du spectacle nous accompagnent, et le fait d’être immergé si tôt dans cet univers donne naturellement envie de s’intéresser davantage à l’Histoire.
Mon implication s’est aussi matérialisée par mon rôle de chef d’équipe que j’occupe depuis environ vingt ans.
Dans le quotidien, le spectacle influe aussi sur des sujets comme les vacances d’été : on essai de partir en manquant le moins de spectacles possible !
Christophe : Personnellement, cela a changé tous mes étés : chaque week-end, je suis à Saint-Fargeau, et on parle beaucoup du spectacle à cette période.
Professionnellement, en tant qu’enseignant, Saint-Fargeau est entré dans mes cours. Avec mes élèves de CM1-CM2, lorsque nous parlons de l’histoire des rois de France, je peux évoquer la Grande Mademoiselle et le lien local avec le château. Chaque année ou tous les deux ans, je viens avec mes élèves visiter le château de Saint-Fargeau et le site de Guédelon, ce que je ne faisais pas avant de rejoindre le spectacle.
En dehors du spectacle, de quelle manière avez-vous été impliqué dans la vie du château ?
Amélie : Au-delà du spectacle, j’ai participé aux visites du château pendant plus de dix ans. J’y ai passé tous mes étés : la journée à faire visiter le château et le soir sur le plateau du spectacle. C’était une période intense mais vraiment formidable. J’ai également pris part aux visites de nuit pendant quelques années et j’y participe encore de temps en temps.
Christophe : Je fais partie de l’équipe du bureau, encadrée par Sylvie Decroix. Les vendredis et samedis, je suis à l’accueil téléphonique : renseignements, gestion des réservations internet et résolution des difficultés rencontrées par les visiteurs.
J’ai aussi fait des visites de nuit il y a quelques années, ainsi que des visites de jour pendant une année.
Quelles sont les évolutions les plus significatives que vous ayez constatées dans le spectacle depuis vos débuts ?
Amélie : L’évolution la plus marquante est sans doute l’arrivée du mapping, qui a totalement changé la dimension visuelle du spectacle et lui a donné une autre ampleur. Les costumes ont également beaucoup évolué : on y accorde aujourd’hui une attention accrue, ce qui renforce le côté professionnel de la mise en scène.
Christophe : L’évolution marquante est l’arrivée du mapping 3D. La technique s’est intégrée sans dénaturer le spectacle, en lui apportant quelque chose de très positif, esthétique, et offrant de très belles images du château. Le spectacle de Saint-Fargeau ne reposait pas historiquement sur de gros effets techniques ; l’intégration du mapping a été réussie.
Comment voyez-vous l’avenir du spectacle du château de Saint-Fargeau ?
Amélie : J’espère qu’il perdurera encore très longtemps. J’aimerais qu’il continue à évoluer, à proposer des nouveautés, et qu’il puisse encore enrichir et émerveiller le public pendant de nombreuses années.
Christophe : Le spectacle évoluera certainement, peut-être avec de nouveaux éléments techniques comme les drones, souvent utilisés dans les spectacles actuels. Peu importe les innovations, l’essentiel est qu’elles soient au service du spectacle, sans prendre le dessus. L’objectif doit rester l’esthétique, la préservation de l’âme du spectacle et la valorisation de l’engagement des équipes et bénévoles, qui transmettent leur énergie au public.
Qui souhaiteriez-vous voir interviewé dans le prochain portrait croisé ?
Amélie : J’aimerais beaucoup que ce soit Jeannette, qui aide ma maman aux costumes. Je pense qu’elle aurait énormément de choses intéressantes à raconter.
Christophe : Idéalement, une personne qu’on ne voit pas beaucoup sur scène. Par exemple, un jeune bénévole de 10 ou 12 ans, dans le cortège du curé : quelqu’un qui participe pleinement mais qui n’est pas mis en avant.
Un grand merci à Amélie et Christophe de s’être prêtés au jeu de l’interview. Nous les remercions pour leur réactivité et leur gentillesse !
À bientôt pour un prochain Portrait Croisé des bénévoles du spectacle !